Acné inflammatoire

Rôle du follicule pilo-sébacé, lien avec la séborrhée, caractéristiques et traitements

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Acné inflammatoire

L’acné est une maladie des plus connues : on en a même presques tous été victimes. Chez le dermatologue, 15 à 20 % des patients se font examiner pour l’acné.

Contrairement à la croyance générale, elle n’est pas qu’une maladie d’adolescence. Lorsqu’on dénombre 6 millions de personnes victimes de cette maladie, on remarque que 30 % sont des femmes âgées de 25 à 40 ans.

L’acné ne se manifeste pas de la même façon chez tous les individus. On en distingue de plusieurs sortes, ayant des degrés de gravité divers.

Cependant, quel que soit le type d’acné, l’un des éléments de base est une hypersécrétion de sébum. Cela s’appelle l’hyperséborrhée et favorise l’inflammation du follicule pilo-sébacé.

Qu’est-ce qu’un follicule pilo-sébacé ?

Il s’agit de l’association d’une glande sébacée à un follicule pileux (poil). On en distingue plusieurs formes.

Glande sébacée

Définition

Une glande sébacée est une unité anatomique se chargeant de la sécrétion du sébum. Généralement, sa taille est inversement proportionnelle à la taille des poils correspondants.

Cette glande exocrine libère son produit de sécrétion dans l’infundibulum. Elle se localise dans la partie moyenne du derme, au contact du follicule pilo-sébacé. On la retrouve partout sur le corps, sauf dans la lèvre inférieure, dans les plantes des pieds et les paumes des mains.

Sa densité dépend des zones du corps, mais, de façon globale, l’espèce humaine compte environ 2 millions de glandes sébacées pour 6 millions de poils et de cheveux.

photo de glande sébacée

Glande sébacée vue au microscope. Photo: OpenStax College, sous licence CC BY 3.0

Structure

Les glandes sébacées sont constituées par de nombreuses assises cellulaires.

Trois types de cellules peuvent être distingués :

  • Des cellules basales
  • Des cellules différenciées (cellules basales chargées de lipides)
  • Deux sortes de cellules indifférenciées ; les unes à l’intérieur des lobules dans les cloisons irrégulières et les autres près de la membrane basale.

On trouve également, à proximité de cette dernière sorte, des mélanocytes et des cellules de Langerhans.

Le canal sébacé ainsi que sa partie basse (l’infra-infundibulum) sont constitués d’un épithélium kératinisant qui se caractérise par une absence de couche granuleuse.

En l’absence d’acné, les cellules desquamantes de l’infra-infundibulum s’éliminent facilement par l’orifice pilo-sébacé, avec le sébum : ceci est possible, car ces cellules sont peu adhérentes.

Dans les cas d’acné, les cellules kératinisées s’agglutinent les unes aux autres pour former un microcomédon, ce qui empêche l’écoulement du sébum.

Formes de follicules

Le follicule pilo-sébacé est l’association de la glande sébacée et du poil.

Il peut être distingué sous trois formes : le follicule sébacé, le follicule duveteux et le follicule terminal.

Le follicule sébacé est propre à l’espèce humaine : il n’est présent chez aucune autre espèce animale. Il est formé par une glande sébacée de grande taille et multilobulaire. Cette glande débouche sur l’infundibulum par l’intermédiaire de nombreux canaux sébacés.

Les follicules sébacés siègent généralement dans le visage, mais également sur les épaules, la nuque, le dos et la partie haute de la poitrine.

Ils se distinguent nettement des follicules duveteux et terminaux, où les glandes sébacées sont moins développées.

Pour faire simple, c’est la proportion poil/glandes qui permet de faire la distinction entre ces divers types de follicules pilo-sébacés.

Séborrhée

Le sébum est une substance grasse produite par les glandes sébacées. Il est destiné à protéger la peau et à lui offrir de la souplesse. Dans des conditions normales, les glandes sécrètent juste ce qui est nécessaire pour maintenir la souplesse de la peau.

Après sécrétion, le sébum passe des glandes sébacées à l’infundibulum, où il subit quelques modifications avant de migrer à la surface de la peau par intermédiaire de l’orifice pilo-sébacé : c’est le processus d’excrétion.

formation de l'acné

Le canal pilaire se bouche, ce qui conduit à une inflammation ©designua/123RF

Mais, en cas d’acné, ce processus d’excrétion ne se fait pas normalement. Le canal pilaire servant à la migration du sébum s’obstrue, ce qui conduit à une accumulation du sébum et à l’apparition de lésions élémentaires : les microcomédons, comédons et microkystes.

Traiter ces lésions à temps permet de corriger le dysfonctionnement et de mettre les processus de sécrétion et d’excrétion du sébum en route.

Dans le cas où ces lésions ne seraient pas traitées, elles peuvent évoluer vers d’autres lésions plus poussées : les papules et les pustules, dont l’apparition est caractéristique de l’acné inflammatoire.

Caractéristiques de l’acné inflammatoire

Ainsi, l’acné inflammatoire est le résultat d’une inflammation des follicules pilo-sébacés.

En effet, le sébum contient des acides gras dont les bactéries de l’espèce Propionibacterium acnes — bactéries participant à l’inflammation — se nourrissent pour se développer.

Cette inflammation est en donc une réponse de l’organisme à la prolifération des bactéries. Ainsi, on note l’apparition de papules qui pourront évoluer vers des pustules.

Les papules

Elles sont généralement issues des comédons, mais peuvent aussi apparaître spontanément. Les papules sont des élevures fermes présentant une coloration rouge. Leur taille varie entre 1 et 5 mm et elles peuvent parfois être douloureuses.

Les papules sont l’expression d’une inflammation de la glande sébacée à laquelle participe Propionibacterium acnes. Toutefois, ici, l’infection est toujours superficielle. Lorsqu’aucun traitement n’est suivi, elles peuvent déboucher sur un stade plus évolué : les pustules.

Les pustules

Ce sont des papules présentant un liquide de coloration jaune purulent sur leur partie apicale. Elles sont la conséquence du développement de nombreux microbes sur un même site.

Leur taille dépasse de peu celle des papules et elles sont franchement inflammatoires. Elles peuvent, elles aussi, évoluer pour donner des nodules, caractéristiques des acnés graves.

différence entre papule et pustule

Une papule et une pustule en coupe et vue de dessus ©marochkina/123RF

Traitements de l’acné inflammatoire

Sur la base des manifestations de l’acné inflammatoire, plusieurs types de traitements ont été mis au point. Ces traitements agissent de manières diverses. En effet, certains sont destinés à réduire les lésions, alors que d’autres attaquent directement Propionibacterium acnes pour contrer l’inflammation.

On peut donc trouver de nombreux traitements, sous diverses formes. On les classe généralement de deux manières : les traitements topiques (locaux) et les traitements par voie orale.

Traitements locaux

Plusieurs agents topiques peuvent servir à traiter l’acné inflammatoire.

On distingue le peroxyde de benzoyle, l’adapalène et l’acide azaléïque.

Peroxyde de benzoyle

Lorsque l’on se trouve confronté à des problèmes d’acné inflammatoire, le premier traitement pouvant vraiment soulager est l’application, une à deux fois par jour, de peroxyde de benzoyle à 5 % (Cutacnyl®, Papclair®…).

peroxyde de benzoyle

Le modèle moléculaire du peroxyde de benzoyle ©molekuul/123RF

En effet, le peroxyde de benzoyle possède une activité anti-inflammatoire et lutte efficacement contre les bactéries. Ces dernières ne peuvent pas développer de résistance, car la molécule agit par oxydation non spécifique.

Ces caractéristiques du peroxyde de benzoyle font qu’il peut être efficace contre les papules et les pustules. Dans les cas où le corps peut le tolérer, il est également possible d’utiliser une préparation de peroxyde à 10 % (Pannogel 10®, Eclaran10® Panoxyl®…). Dans l’autre sens, si le patient ressent des irritations, il est possible de lui prescrire une préparation à 2,5 % (Cutacnyl®…).

Adapalène

Il peut y avoir des cas où le corps ne tolère pas du tout le peroxyde de benzoyle. Dans ces cas, il existe d’autres traitements comme l’adapalène à 0,1 % (Adapalène TEVA®, Differine®…).

adapalène

Le modèle moléculaire de l’adapalène ©molekuul/123RF

Il s’agit d’un rétinoïde topique possédant une activité anti-inflammatoire et permettant donc de lutter contre les papules, les pustules et d’autres lésions élémentaires (comédons et microkystes).

On peut également associer un antibiotique local — comme la clindamycine à 1 % (Zindacline®, Clindafluid®…) ou l’érythromycine à 4 % (Eryacné®, Erythrogel®…) — à l’adapalène ou à un autre rétinoïde topique comme la trétinoïne à 0,025 % (Erylik®).

Un des problèmes des rétinoïdes topiques est qu’ils peuvent avoir des effets secondaires. Un des plus fréquents est les irritations.

Pour contrer ce risque, il est donc conseillé d’utiliser un produit hydratant non comédogène pendant le traitement.

Notons par ailleurs que les femmes enceinte ne doivent pas se servir de rétinoïdes, même s’ils sont locaux.

Acide azélaïque

Un autre traitement local efficace contre l’acné inflammatoire est l’acide azélaïque.

On peut le trouver, entre autres, sous forme de gel à 15 % (Finacea®) ou de crème à 20 % (Skinoren®). Cette molécule dispose d’une activité anti-inflammatoire et d’une activité kératolytique.

Traitements par voie orale

En ce qui concerne les traitements généraux par voie orale, nous pouvons citer l’utilisation d’antibiotiques ou, éventuellement, d’isotrétinoïne orale.

Antibiotiques

Les antibiotiques s’appliquant sont majoritairement de la famille des cyclines.

En France, ces antibiotiques peuvent contenir de la doxycycline (Doxycycline arrow®, Doxygram®, Tolexine® Gé…), ou encore de la minocycline (Mynocine®, Minocycline Bayer®, Logryx®…).

Cependant, compte tenu des rares, mais graves effets indésirables, il est fortement recommandé de ne pas utiliser la minocycline en première intention. Il ne faut l’utiliser que dans les cas où les autres cyclines ont échoué face à l’acné et lorsqu’on ne peut pas utiliser l’isotrétinoïne orale.

En ce qui concerne la doxycycline, un de ses effets secondaires peut être la phototoxicité.

Dans des situations particulières, on peut également utiliser l’érythromycine orale (Abboticine®, Erythrogram® Gé…), mais en l’associant à des traitements locaux : c’est d’ailleurs cette association qui est recommandée pour les antibiotiques oraux.

Ainsi, on peut donc choisir le peroxyde de benzoyle ou un rétinoïde topique. Ces deux derniers peuvent même être mélangés sous la recommandation d’un professionnel. Il faut d’ailleurs noter qu’il est indispensable de se référer à un professionnel avant toute association de traitements.

Isotrétinoïne

Un autre traitement valable pour l’acné inflammatoire est l’isotrétinoïne orale. On peut la trouver sous forme de gélules : Contracné® Gé, Curacné® Gé, Procuta® Gé…

isotrétinoïne

Le modèle moléculaire de l’isotrétinoïne ©molekuul/123RF

Si tous les traitements précédents échouent, celui-ci peut permettre de trouver satisfaction. Cependant, cette molécule présente beaucoup de risques. Parmi ceux-ci, on peut citer le risque tératogène.

Elle est de ce fait contre-indiquée aux femmes enceinte et les femmes souhaitant l’utiliser doivent combiner son utilisation avec un contraceptif et faire régulièrement leur test de grossesse pour être sûres de ne pas tomber enceintes au cours du traitement.

Il faut obligatoirement consulter un dermatologue avant de faire le choix de ce traitement : la prescription d’isotrétinoïne est strictement réservée aux dermatologues (ni les généralistes ni les autres spécialistes ne sont autorisés à la prescrire).

Notons par ailleurs qu’il est fortement contre-indiqué d’associer l’isotrétinoïne à un antibiotique (cycline), car ceci expose à un risque d’hypertension intracrânienne.

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